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bluffdebuffle

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Tio-Boul On est dans l'game (R.A.S)

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Création : 13/10/2007 à 06:21 Mise à jour : 05/05/2012 à 09:06

L'adolescence vue par un éducateur à la PJJ

Besoin de raconter, d'échanger, de partager, de faire savoir, de faire connaitre, de faire reconnaitre...


Fan de : http://mfouachephotos.blogspot.com/

Les chefs se mobilisent pour les jeunes sous protection judiciaire

Les chefs se mobilisent pour les jeunes sous protection judiciairePau (64) La 13ème édition des Parcours du goût, manifestation gastronomique de la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) parrainée par Michel Portos, se déroulera les 23 et 24 juin au parc des expositions de Pau. Elle accueillera plusieurs délégations de jeunes sous protection judiciaire, venus participer à ce concours culinaire placé sous le thème du «Festival de saveurs !». Un événement éducatif qui donne à chaque jeune la possibilité de valoriser ses capacités, de surmonter ses difficultés et de développer sa démarche d'apprentissage, de socialisation et d'insertion. Ils feront découvrir au public les produits de leurs régions et tenteront de remporter la toque de cristal, en réalisant un plat en quarante minutes devant un jury de professionnels dont Philippe Etchebest et Yves Camdeborde.
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#Posté le samedi 05 mai 2012 09:06

Le porno change-t-il les ados ?

 
Tapez "femme" sur Google. Sur la colonne centrale, on lit : "Femme Wikipédia", "Femme Evène", "Femme Actuelle". A droite, colonne des annonces : "Femmes canon en cam", "Elles couchent". Ou "Femmes célibataires" sur le site de rencontres pour célibataires Meetic. Clic sur "Elles couchent. Batifolage.com" : un couple à moitié nu. "Fellation, sodomie, amateur, partouze, gros seins, éjac faciale." C'est un site porno. Avec "Galerie vidéo", un clic, des centaines de photos défilent. A côté du X classique, beaucoup de hardcore : triple pénétration, poing dans l'anus, bouteille dans le sexe. Tapez maintenant "Amour". On lit à droite "Meilleurs films sensuels. La brocante", un clic, c'est un nouveau site porno déguisé. Asiatiques. Beurettes. Blondes. Sado maso...

Les fillettes de 11 ans qui ont surfé sur le Net pour leur rédaction sur la Saint-Valentin ont-elles regardé ? Possible. Les films X sont en accès libre sur Internet. Souvent gratuits. Les mineurs regardent massivement. En 2004, selon le CSA, 80 % des garçons et 45 % des filles de 14 à 18 ans avaient vu un film X dans l'année. Un garçon sur quatre, une fille sur cinq en avaient visionné au moins dix. Selon une enquête du docteur Claude Rozier, menée en Ile-de-France en 2004, à 11 ans, un enfant sur deux a vu un film pornographique sur le Net. En CM2 (9-10 ans), 50 % des garçons et 25 % des filles.
Le porno change-t-il les ados ?
Comment réagissent-ils au premier visionnage, à 10-11 ans ou plus jeunes ? Une enquête américaine le précise : ils "sont surpris et ont peur", se sentent "embarrassés" ou "coupables et confus". La moitié des filles se disent "dégoûtées", un quart "choquées", un quart "surprises". Mais dès 13 ans l'attitude change : le porno "distrait" 50 % des garçons, "plaît" à 30 %, et 20 % le classent dans les "favoris".

Depuis qu'avec Internet le porno est entré dans la vie des mineurs, il ne se passe pas un jour sans qu'un colloque de psychologie, une convention scolaire, un service gouvernemental, des féministes ou des politiques en débattent. Inquiets. Parfois indignés. Souvent dépassés. Dans une enquête sur la contraception des adolescentes, le professeur Israël Nisand s'en prend violemment à l'impact de la pornographie sur les mineurs.
 
 
"PORNIFICATION"
 

Dans un rapport réalisé pour le gouvernement actuel, la sénatrice (UMP) Chantal Jouanno dénonce, elle, "l'hypersexualisation" des filles de 8-12 ans, parlant de "pornification" : "Nous n'avions pas conscience que les codes de la pornographie ont envahi notre quotidien. (...) S'agissant des enfants, elle renvoie à l'hyperérotisation de leurs expressions, postures ou codes vestimentaires."

La sénatrice s'est appuyée sur les travaux de nombreux pédopsychiatres, sociologues et spécialistes des médias. Que montrent-ils ? Avant la puberté, dès le CM1, beaucoup de fillettes se mettent du brillant à lèvres, portent des jeans slim, des minijupes, des culottes qui laissent les fesses apparentes - des tenues hypersexuées. Elles s'inspirent de stars adolescentes au sex-appeal débridé - Britney Spears, Rihanna, Alizée, Christina Aguilera, Lady Gaga, sans oublier les Girlicious.

Selon la sémiologue canadienne Mariette Julien, cette "girl culture" emprunte ses codes au cinéma érotique et à la pornographie : kilt, tenue moulante, hauts talons, soutien-gorge "push up", décolleté, bas résille. Elle serait encouragée par les grandes marques de vêtements et de cosmétiques. Le coeur de cible avoué : les "tweens" ou "enfados", les 8-14 ans. Un marché colossal (260 milliards de dollars aux Etats-Unis) exploité par les études marketing et la presse mode : Milk, Doolittle, La Petite magazine, autant de magazines dans lesquels des modèles dévoilent leur nombril, arborent trousses de maquillage et strings. Pendant l'été 2011, Vogue proposait une série de mode avec Thylane, 10 ans, en jupe fendue, talons aiguilles, sur des coussins léopard.

Corinne Destal, maître de conférences à l'université Bordeaux-III, a étudié les représentations sexuées à destination des fillettes. Dès 8-10 ans, elles lisent la presse ado - Girls, Star Club, Muteen... Dans cette presse qui "met le corps sur un trône, l'hypersexualisation passe par une éducation précoce à la séduction, des codes sexy, des clips à l'érotisation démonstrative", explique l'universitaire.

Dans le rapport Jouanno, ce sont les psychologues et les pédopsychiatres qui se disent les plus inquiets. Selon eux, les enfants connaissent entre 8 et 12 ans, avant l'arrivée de la puberté, une "période de latence" pendant laquelle ils se préoccupent moins de la sexualité, se rapprochent de leurs parents, s'intéressent à la scolarité et aux sujets "sérieux". C'est une étape importante dans leur construction cognitive et la formation de leur personnalité.
 
 
HYPERACTIVITÉ, PERTE D'ESTIME DE SOI...
 

L'intrusion de la pornographie à cet âge bouleverserait cette période d'apprentissage. D'après le pédopsychiatre Michel Botbol, l'hypersexualisation les conduit à rencontrer des difficultés dans l'acquisition de savoirs, mais aussi des problèmes d'hyperactivité ou de perte d'estime de soi. "La publicité, les films, les magazines envoient en permanence des messages crus, explique Didier Lauru, psychiatre et directeur de la revue Enfances & psy. On retrouve ce même excès en famille où, souvent, les adultes manquent de discernement et de pudeur. Résultat : les enfants sont continuellement excités, au sens sexuel du terme."

La psychanalyste Sophie Marinopoulos, experte auprès des juges pour enfants, s'inquiète, elle, du rôle trouble et actif des parents dans cette érotisation. "Ce sont eux qui leur achètent des habits coûteux et sexy, les exhibent, les déguisent dès qu'ils ont 3 ou 4 ans, affirme-t-elle. Ce sont les mêmes qui présentent des gamines aux concours de petites Miss." Selon Sophie Marinopoulos, l'enfant devient un faire-valoir et les garçons sont transformés en "lolitos", comme les filles. "Il y a une ambiance pédophilique nouvelle, poursuit-elle. L'enfant n'a plus de valeur par lui-même, il doit ressembler au rêve de ses parents. On le prend dans des fantasmes qui ne sont pas les siens. On lui vole son enfance."

Le sociologue Michel Fize, qui travaille sur l'adolescence depuis vingt ans, est beaucoup plus mesuré sur cette "hypersexualisation" : "Qu'entend-on par fillette, lolita ? Parlons de jeunes adolescentes ! Pour les filles, se mettre en valeur dès 10 ans, plaire, est une manière d'entrer dans la féminité avant la puberté. Tout est question de culture, de mode de vie, de réseau. C'est une nouvelle jeunesse. Ils veulent devenir indépendants plus tôt. Il y a de la séduction, mais aucune sexualité réelle." Que pense-t-il de la période de latence ? "On veut faire croire qu'il existe un temps d'enfance immuable et innocente, sans séduction ni désir. Ce sont des discours psy archaïques." Peut-on vraiment parler de nymphettes décérébrées par les marques ? "Les intéressées ne se vivent pas comme une chose sexuelle. Pour les ados, féminité et féminisme, séduction et respect marchent ensemble. Chantal Jouanno les fait rire quand elle propose de rétablir l'uniforme dans les collèges !"
L'impact des films pornos sur les très jeunes - les 8-10 ans - inquiète cependant Michel Fize. "Tomber à cet âge sur un film hardcore n'est jamais anodin. On y voit de telles violences que cela peut choquer." Depuis quelques années, une pornographie violente se développe. Tentant leur chance sur Internet, des petites productions réalisent des films aux budgets de misère, pratiquant la surenchère dans la brutalité. La série "Xanadu", d'Arte, qui raconte l'histoire d'un producteur porno ruiné par Internet, décrit bien cette évolution : à son fils qui propose : "Aujourd'hui, une seule solution, le "gonzo" : un canapé, trois pétasses, une caméra", le père répond : "Ici, c'est le haut de gamme du X, pas de la charcuterie". L'ancienne actrice de X Raffaëla Anderson a raconté cette "charcuterie" dans Hard (Grasset, 2000).Le porno change-t-il les ados ?
 
 
CHANGEMENT DU VOCABULAIRE SEXUEL
 

Que se passe-t-il dans la tête d'une fille de 8 ou 10 ans quand elle visionne sur Internet Tournante dans un dépotoir ? Le pédopsychiatre Jean-Yves Hayez, qui parle souvent du porno avec des mineurs, résume le malaise : "Ils peuvent en ressentir une angoisse soudaine, intense et durable : peur d'une possible agression contre eux, peur de ces masses de corps qui partouzent, de leurs transformations et de ce qui en sort, et ce jusqu'à la peur que leurs propres parents et leur entourage deviennent monstrueux eux aussi, des animaux sauvages, quand ils sont tout nus."

Cependant, dès que les garçons flirtent, à 13-14 ans, visionner du porno devient pour certains un moment d'"éclate sexuelle" qu'ils veulent retrouver, partager avec leurs copains. Parfois, une pratique autoérotique devient addictive, comme chez le Kid, héros triste du dernier roman de Russell Banks, Lointain souvenir de la peau (Actes Sud, 444 p., 24,20 ¤). "La majorité des enfants ne s'attachent pas à ce qu'ils ont vu, et n'y reviennent qu'occasionnellement", poursuit Jean-Yves Hayez, qui parle d'une forme de déniaisement : "Le réalisme de l'enfant augmente, et il ne faut plus trop lui raconter de salades sur ce que sont les autres et sur la sexualité - c'est aussi la "baise". Disons qu'il en sort un peu vieilli, un rien cynique, lucide, matérialiste, bien plus vite que ce que voudraient beaucoup de parents."

Avec le porno, le vocabulaire sexuel des jeunes a changé. Selon l'association scolaire Sésame, dirigée par Denise Stagnara, une dame de 92 ans, les mots du X représentent désormais 20 % des expressions sexuelles. Si, en 1980, les 10-11 ans parlaient de graines et de sentiments, ils connaissent aujourd'hui les termes homo, fellation ou sodomie. D'autres effets, plus insidieux ou anxiogènes, ont été repérés. Le docteur Ronald Virag, andrologue, reçoit de plus en plus de garçons de 16-18 ans qui veulent se faire agrandir le pénis car l'outil imposant des "hardeurs" les traumatise, le fait qu'ils bandent tout le temps les complexe. Le porno développe chez eux une angoisse de la performance.

Pour Michel Fize, les pratiques sexuelles peuvent en outre être "désinhibées" par le porno. "On sous-estime toujours le désir féminin. Des choses qu'un jeune couple faisait après s'être apprivoisé l'un l'autre, sur la durée, deviennent aujourd'hui courantes dès les premiers rapports sexuels." L'espace d'accueil pour 13-25 ans CyberCrips, à Paris, a enquêté auprès de 10 000 ados : dès 14 ans, des garçons demandent ainsi une fellation. "Certaines adolescentes croient devoir se soumettre aux clichés du porno - par exemple se faire épiler le pubis - pour plaire aux garçons, explique Philippe Brenot, psychiatre et sexologue, qui vient de publier une enquête sur le plaisir féminin, menée auprès de 3 000 femmes. De nouvelles moeurs s'installent. Des normes aussi. Un terrorisme de l'orgasme vaginal, des coïts interminables, une obligation de jouissance. Souvent, la technique l'emporte sur la découverte de sa propre envie. Nous revoyons ces femmes en consultation, adultes, avec une plainte liée à l'absence de plaisir et à la disparition du désir."

Le gynécologue Israël Nisand, qui a fondé le site info-ado pour répondre aux questions sur la sexualité, se montre très alarmiste. "La pornographie est devenue la principale forme d'éducation sexuelle. Je trouve grave qu'un collégien de 10 ans demande : "Est-ce que maman fait l'amour avec des chiens ?" Ce sont des questions qu'on entend ! Je ne trouve pas normal que des lycéennes de 14 ans fassent des fellations à plusieurs garçons, pour faire comme au cinéma."
 
Le porno change-t-il les ados ?

Outre le contenu des actes sexuels pratiqués dans les films porno, la représentation du couple homme-femme - le premier, quasiment toujours dominant, la deuxième, dominée, voire asservie - induit un modèle de relation qui peut marquer les enfants et les adolescents. Israël Nisand dénonce la vision "avilissante" de l'amour et des femmes propagée par la pornographie, qui perpétue "des stéréotypes sexuels agressifs, une pensée machiste et des relations de pouvoir" qui marquent les adolescents. Il reprend les arguments des féministes prohibitionnistes - Women Against Pornography aux Etats-Unis ou les Chiennes de garde en France - qui voient dans la pornographie un discours présentant les femmes comme toujours disponibles, ravies d'être violentées et humiliées - sans en voir la dimension fantasmatique.

S'appuyant sur les travaux du sociologue canadien et croisé antiporno Richard Poulin, Israël Nisand associe l'intrusion de la pornographie dans le monde de l'enfance à la violence grandissante des mineurs. Il rappelle qu'en France le nombre de jeunes adolescents condamnés pour violence sexuelle ne cesse d'augmenter, dans des proportions inquiétantes : 983 en 2002, 1 392 en 2006 et 3 169 en 2008. Pour lui, la pornographie encouragerait la confusion entre le virtuel et le réel, et donc le passage à l'acte. Selon le rapport Meese, réalisé aux Etats-Unis en 1986, pendant le boom des DVD pornos, 21 délinquants sexuels récidivistes sur 25 en visionnaient régulièrement. Un violeur sur deux déclarait en avoir vu avant d'agir.
 
 
FAITS DIVERS

Israël Nisand cite encore plusieurs faits divers en France, où des lycéens imposent des fellations à des filles, les filmant avec leur portable. "Ces derniers mois, nous avons eu deux histoires de gamine poussée à faire des fellations, confirme un lieutenant de la brigade des mineurs de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur. Un garçon de 16 ans, exclu de plusieurs lycées, a entraîné une fille dans un tunnel désaffecté avec deux copains de 14 et 15 ans." L'autre affaire concerne quatre jeunes de 12 et 13 ans. L'un des garçons a filmé une fille de 13 ans lui faisant une fellation et l'a ensuite obligée à le faire à ses copains sous peine de diffuser la vidéo. Le rôle du porno ? "Dans une affaire, un des jeunes en regardait avec son oncle."

Ces faits divers adolescents - mauvais garçons et filles fragiles - n'ont-ils pas toujours existé ? "Ils sont de plus en plus nombreux, répond le lieutenant. On sent l'influence du porno dans le fait qu'il y a moins de respect des filles, moins de romantisme. Ce n'est plus comme avant : sortir, aller au cinéma, etc. C'est beaucoup plus direct."

Les sociologues de l'Institut national de la jeunesse et de l'éducation populaire (Injep), au ministère de l'éducation nationale, ne partagent pas l'inquiétude d'Israël Nisand et des policiers. Ils viennent de publier plusieurs enquêtes qui contredisent le rapport du gynécologue. "Les adolescents regardent finalement assez peu de porno, affirme Yaëlle Amsellem-Mainguy, qui a dirigé ces recherches pour l'Observatoire de la jeunesse. La grosse consommation vient avec l'âge adulte, chez les 25-34 ans et plus. Le porno, c'est pour les vieux."

Sur la liaison porno-violence, la sociologue pense que policiers et praticiens ont une vision déformée de la jeunesse : "Ils ne voient que les jeunes à problème. Ce n'est pas représentatif. Le porno n'est pas la principale source d'éducation sexuelle des jeunes. Pour les choses sérieuses (le sida, la grossesse), ils se renseignent auprès des proches ou vont sur Internet, pour consulter Doctissimo, des chats ou les sites féminins."

Pour les sociologues de l'Injep, l'inquiétude des parents devant les films pornos est à rapprocher d'une question plus vaste : la crainte de perdre tout contrôle sur l'éducation de ses enfants. Les adultes étaient déjà effrayés lors de l'apparition d'une culture "teenager", souvent rebelle, dans les années 1950, puis de la contraception ou de la multiplication d'aventures avant le mariage. Ces craintes auraient redoublé avec l'arrivée de mouvements musicaux comme le rock'n'roll - l'effroi devant Elvis "the pelvis" en jean moulant - puis la pop, sans oublier les mouvements hippies et punk prônant la liberté sexuelle. Aujourd'hui, nous assisterions aux mêmes réactions inquiètes face à une sexualité indépendante, à Internet, aux jeux vidéo, aux réseaux sociaux. Et au porno.

Cette angoisse irait de pair avec l'obsolescence rapide des métiers et des savoir-faire, une accélération qui atteint jusqu'à certaines valeurs. Tout cela mène les parents à s'interroger sur ce qu'ils doivent et peuvent encore transmettre - sur leur rôle. "Les adultes ne devraient pas tant s'alarmer, répond Yaëlle Amsellem-Mainguy. Les jeunes se protègent à 90 % quand ils rencontrent quelqu'un. Sexuellement, les adolescents se prennent en main. C'est peut-être cela qui inquiète ?"

Source : Frédéric Joignot lemonde.fr
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#Posté le samedi 05 mai 2012 08:58

Bilan de santé contrasté des adolescents français


INFOGRAPHIE - L'OMS a sondé 200.000 jeunes enEurope et en Amérique du Nord. En France, ce sont près de 12.000 adolescents qui ont été interrogés.



Les adolescents à problème sont régulièrement au centre des inquiétudes médiatiques. Mais la majorité d'entre eux se porterait plutôt pas mal. C'est l'impression que laisse l'enquête internationale 2009-2010 de l'OMS, publiée mardi, qui a la particularité d'être centrée sur les déterminants sociaux de la santé et du bien-être chez les jeunes. Elle concerne 37 pays ou régions d'Europe ainsi que les États-Unis et le Canada. Interrogés sur la perception qu'ils ont de leur état de santé général les jeunes Français font un peu mieux que la moyenne des autres ados européens, qu'ils aient 11, 13 ou 15 ans. En revanche, les consommations à risque (tabac, alcool, cannabis) restent préoccupantes.

En France, grâce au partenariat de l'Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale), l'Inpes (Institut national de prévention et d'éducation pour la santé) et de l'OFDT (Observatoire français des drogues et des toxicomanies), ce sont 11.638 adolescents qui dans 568 classes ont donc répondu à une soixantaine de questions. L'enquête, baptisée HBSC, met en relief d'évidentes différences de genre, communes à tous les pays. Ainsi, en France, 17 % des filles de 15 ans s'estiment en mauvaise santé alors qu'au même âge ce n'est le cas que de 10 % des garçons. Au niveau européen, l'écart fille-garçon est encore plus net: 23 % des filles contre 14 % des garçons. Si l'adolescence mérite bien une attention particulière ce n'est pas seulement parce que les comportements à risque démarrent préférentiellement au collège mais aussi parce qu'il s'agit, estime l'OMS, «d'une période cruciale pour prévenir l'apparition d'inégalités entre les hommes et les femmes à l'âge adulte».

«Amélioration en France»

D'un côté, les filles sont plus nombreuses à adopter des comportements qui favorisent une bonne santé - consommation de fruits, brossage des dents, consommation modérée des sodas - mais elles expriment aussi davantage de plaintes psychologiques et notamment d'inquiétudes exagérées sur leur poids. De l'autre, les garçons sont plus nombreux à avoir des comportements nuisibles pour la santé. Mais l'OMS note aussi des paradoxes: en Angleterre et dans certains pays scandinaves, les jeunes filles sont plus souvent en état d'ivresse que les garçons!




Bilan de santé contrasté des adolescents français


L'enquête permet aussi la comparaison sur la durée puisqu'elle est renouvelée tous les 4 ans depuis 1983, ne cessant d'inclure de nouveaux pays. Elle concerne aujourd'hui 200.000 jeunes dans le monde. «En France, on observe une nette amélioration entre 2006 et 2010, pour ce qui est d'aimer l'école. Il y a eu beaucoup d'efforts de l'Éducation nationale pour améliorer la perception du collège», se félicite Emmanuelle Godeau, du service médical du rectorat de Toulouse, responsable de l'enquête HBSC en France.

Le passage au collège demeure toutefois délicat dans la plupart des pays et les indices de satisfaction des enfants se détériorent brutalement. «On est souvent dans des modes archaïques de dévalorisation. On voit des absurdités pédagogiques», déplore le pédopsychiatre Stéphane Clerget, auteur de Réussir à l'école, une question d'amour (Larousse). Bien sûr, tout n'est pas à mettre sur le dos des enseignants: «C'est surtout la 5e et la 4e qui sont difficiles, pondère le pédopsychiatre. L'enfant est en plein remaniement pubertaire et a d'autres centres d'intérêt. Il est aussi moins dans l'idée de faire plaisir à ses parents et cherche d'abord à se faire plaisir. Il vit l'école comme quelque chose d'infantilisant, certainement pas comme un moyen d'émancipation.» Le fossé se creuse.

«Bien communiquer»

Pourtant, «bien communiquer avec les parents est protecteur pour la santé», remarque Emmanuelle Godeau. Par ailleurs, moins on est aisé et moins la communication est de qualité. Faut-il alors s'affoler en voyant les jeunes Français en queue de peloton pour ce qui est de la facilité de parler à leurs parents de choses importantes? «Il faut plutôt relativiser, explique-t-elle, la majorité des élèves de cet âge-là dit que la communication est plutôt facile. Tout le monde communique facilement avec sa maman.» À 11 ans, 80 % des enfants dialoguent facilement avec leur mère et, à 15 ans, c'est encore le cas de 61 % des filles et 71 % des garçons. Les choses sont un peu plus compliquées avec les pères: à 15 ans, seul 28 % des filles et 50 % des garçons trouvent cette communication facile.

Des chiffres qui ne surprennent pas le Dr Clerget: «La principale personne avec qui on communique aisément est la mère, c'est souvent elle qui s'est le plus occupée de l'enfant, c'est avec elle que s'est développée une complicité. Mais attention, communiquer moins facilement avec le père ne signifie pas que l'on ne fasse pas d'autres choses avec lui.» Il faut enfin se méfier des impressions: «Une étude récente de la Fondation Pfizer sur la communication montre que les ados sont plus nombreux que leurs parents à estimer qu'il y a une bonne communication entre eux», détaille le Dr Clerget.

Source://http://sante.lefigaro.fr
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#Posté le samedi 05 mai 2012 08:48

Enfance : la voix des sans voix !

Dans la campagne présidentielle qui s'achève, quelle place aura-t-elle été réservée aux enfants ? Pratiquement aucune, si ce n'est un discours bienvenu sur l'école qui ne résume pas, il s'en faut, le débat sur l'enfance.

Les enfants ne votent pas, dira-t-on..., ils sont donc littéralement sans voix, sans vote, utile ou inutile. Seuls les adultes parlent pour eux, par procuration, par délégation, instrumentalisant la parole et les attentes qu'ils prêtent à la génération qui les suit. Alors ces quinze millions de sans voix s'expriment autrement. Ils parlent même beaucoup, mais entre eux, comme s'ils se savaient inaudibles pour ceux qui parlent en leur nom. Et les adultes contemplent, stupéfaits, cette frénésie de communication qui les place hors circuit, au sens propre de l'expression. Les nouvelles technologies fonctionnent ainsi comme d'immenses machines en circuit fermé, bannissant le regard extérieur, celui-là même qui pourrait autoriser la communication.

Mais les enfants ne parlent pas seulement à travers des technologies inventées par des ingénieurs, eux-mêmes à peine sortis de l'enfance. Ils s'expriment aussi en creux, par des refus, des rejets qui confinent au boycott. La plus éclatante de ces expressions n'est autre que leur relation avec l'institution où ils passent le plus clair de leur vie éveillés, l'école, cette école qui peine même à prononcer le mot enfant et ne veut connaître que des élèves.

Enfance : la voix des sans voix !

Des études savantes sont menées pour analyser les difficultés extrêmes de notre système scolaire à s'adapter à un monde nouveau. Pourquoi l'école, en France, ne parvient-elle pas à intégrer l'idée que les enfants ont changé, qu'ils ne demandent pas seulement aux adultes de leur transmettre un savoir, mais aussi de leur montrer ce qu'ils sont, tout autant que ce qu'ils font ? Relisons Camus, si souvent invoqué aujourd'hui. Camus qui, en 1957, dédia son Prix Nobel à l'obscur M. Germain, son maître, lui écrivant à son retour de Stockholm : "Sans vous, sans cette main affectueuse que vous avez tendue à l'enfant pauvre que j'étais, sans votre enseignement et votre exemple, rien de tout cela ne serait arrivé". Relisons aussi Jaurès qui, dans sa "Lettre aux instituteurs" écrivait : "Les enseignants n'enseignent pas tant ce qu'ils savent que ce qu'ils sont".

Il ne suffira pas d'apporter au profond malaise qui entoure l'école des réponses d'appareils. L'école a bien évidemment besoin d'enseignants, dont la formation a été mise à mal par les décisions politiques aberrantes de ces dernières années. Elle a aussi besoin de bien d'autres personnels. Pour ne citer que cet exemple, la France ne dispose que d'un médecin scolaire -les plus mal payés de tous les médecins salariés- pour 10.000 enfants et la situation des infirmières et des assistantes scolaires n'est pas plus enviable, bien au contraire.

Ce n'est là qu'un exemple du sous-investissement que notre pays a manifesté depuis de très longues années à l'égard des plus jeunes de sa population. Un constat analogue peut être fait à propos de la justice des mineurs : sous-dotée en personnels, elle a en outre fait l'objet, au cours de ces dernières années, de véritables attaques idéologiques, visant à la vider de sa spécificité.
Plus que jamais la justice des mineurs doit être renforcée et sa double mission réaffirmée : réprimer et protéger, comme l'avaient préconisé, de manière visionnaire, les auteurs de l'ordonnance de 1945.

Bien d'autres exemples pourraient être cités, de l'indispensable prise en compte de l'enfance dans le débat public. Le quinquennat qui s'achève aura vu, faut-il le rappeler, la suppression de fait d'une institution, le Défenseur des enfants, qui avait précisément pour objet de porter la parole des sans voix.

Cette institution, créée par le législateur en 2000, à l'instar de ce qui existait déjà dans 12 autres pays -qui sont aujourd'hui 80- a été fondue au sein du Défenseur des droits. Elle y coexiste désormais aux côtés de ce qui fut le Médiateur de la République, la HALDE (Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l'Egalité) et la CNDS (Commission Nationale de Déontologie de la Sécurité).

Aucune de ces institutions n'avait démérité, bien au contraire.

Le Défenseur des droits dispose désormais de l'autorité que lui confère la Constitution, ce dont on ne peut que se féliciter. En revanche, la Constitution n'a nullement fixé le périmètre de cette nouvelle institution dont le gigantisme apparaît aujourd'hui au grand jour et où les enfants ont disparu. C'est la loi qui a fixé ce périmètre. C'est aussi la loi qui, à mon sens, devrait impérativement rendre aux enfants un Défenseur indépendant dont notre pays, comme les autres démocraties, ne peut pas se passer.

Enfance : la voix des sans voix !

Les Nations unies ont vertement reproché à la France une telle évolution dont personne n'a compris la logique, sauf à penser qu'elle avait exagérément dérangé. Il est temps de répondre aux enfants qui, si nous n'y prenons garde, finiront par ne même plus nous poser de questions.

Claire Brisset, ancienne défenseure des enfants (2000 - 2006)

Source : lemonde.fr
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#Posté le lundi 30 avril 2012 07:38

Les adolescents se bousculent pour entrer à l'internat

Plus de 220 000 élèves se sont inscrits en 2011 dans un internat, soit 6,5 % des lycéens du public et 8,4 % de ceux du privé.

Selon les chefs d'établissement, les inscriptions sont en hausse constante.

Elles se font désormais majoritairement à la demande de l'adolescent et non des parents.


Terminée, l'image d'Épinal du pensionnat prison pour têtes brûlées, soumis à l'autorité d'un corps professoral tyrannique. Les internats séduisent aujourd'hui de plus en plus les adolescents eux-mêmes, puisqu'ils sont quelque 220 000 à s'y être inscrits à la rentrée 2011. Un chiffre encore bien inférieur au nombre total des demandes d'inscription.

Cette inflation très nette des demandes, Pierre-Jean Collomb, chef d'établissement de l'internat Lacordaire à Marseille, la constate depuis environ trois ans. « Nous avons reçu cette année 220 demandes pour 180 places. Depuis quelque temps, il y a, à chaque rentrée, plus de demandes que l'année précédente. » Et l'une des nouveautés, c'est que « 90 % des initiatives viennent des enfants eux-mêmes, et ce sont les parents qui suivent, assure-t-il. Il y en a même qui bataillent avec eux pour pouvoir s'inscrire, c'est le monde à l'envers ! »

Lui-même s'étonne de cet engouement : « Avec la crise, on s'attendait à une baisse des demandes, mais ce fut le contraire. Les élèves semblent avoir conscience qu'une bonne scolarité est un gage de réussite, et donc la meilleure arme contre la crise. Ils veulent se mettre dans les meilleures conditions pour réussir. » C'est ce que souligne Léo Freuchet, 16 ans, qui a choisi de s'inscrire en internat à la Maison rurale et familiale de Talmont-Saint-Hilaire, en Vendée, après une visite lors des journées portes ouvertes : « Je venais d'un petit collège et je trouvais qu'il y avait trop de monde. Au moins, ici, il y a moins de lycéens, donc les profs nous suivent plus. C'est un peu comme un cocon. » « On est mieux cadré, ils font travailler tous les élèves et personne ne reste dans son coin, renchérit son camarade Bastien Fort, qui en déduit qu'« on est plus sûr d'avoir un diplôme ».

Les adolescents se bousculent pour entrer à l’internat

La crainte de l'échec scolaire

Pour Maryline Baumard, auteur de Vive la pension (1), la crainte de l'échec scolaire est en effet la première motivation de ces adolescents. Chez eux, ils ont du mal à résister à la tentation des jeux vidéo et d'Internet et à se mettre au travail. « Souvent, l'adolescent a un déclic. Je peux citer l'exemple d'une jeune fille qui a pris conscience de ses difficultés lorsqu'on lui a annoncé qu'elle devait redoubler sa quatrième et qui a décidé de redoubler en internat pour se remettre en selle. »

Le pédopsychiatre Stéphane Clerget (2) relativise la motivation scolaire. Selon lui, le phénomène s'explique surtout par le « désir profond d'émancipation » des adolescents, en particulier lorsqu'ils sont confrontés à des conflits familiaux. « La séparation physique est plutôt positive, explique-t-il, car cela limite les points de friction. Les parents, de leur côté, reconnaissent leurs capacités à être autonomes et cessent de les voir comme des enfants. »

L'envie de créer des liens solides est aussi l'une des raisons avancées par les adolescents, notamment par les enfants uniques. « On trouve à l'internat un bel état d'esprit, d'entraide et de solidarité. Des amitiés se créent pour la vie », confirme Jean-Pierre Collomb. Stéphane Clerget constate lui aussi une « amélioration des relations sociales » de ces ados qui ont « un temps de repli sur soi », par exemple devant un ordinateur, moins important.

Chambres confortables

Les structures se sont en outre adaptées et répondent mieux aux besoins des jeunes : les immenses dortoirs sans intimité font désormais bien souvent place à des chambres confortables, privées ou partagées par deux ou trois élèves. Certains établissements proposent des offres scolaires attractives, comme le collège Claude-Bernard, au Havre, qui met l'accent sur les activités sportives et les sorties culturelles.

Mais attention : « Il faut faire ce choix pour les bonnes raisons », prévient Maryline Baumard. La journaliste cite l'exemple d'une jeune fille qui s'était inscrite en pensionnat pour suivre son petit copain et qui s'est retrouvée en situation d'échec. Elle encourage les futurs postulants à visiter plusieurs établissements pour voir si ceux-ci correspondent à leurs envies : « Certains internats privilégient l'épanouissement extrascolaire des enfants, d'autres ont des règles de vie très strictes. Sans cette prospection, l'expérience peut être douloureuse. »

Toutefois, pour la plupart, elle est concluante. Scolairement d'abord : « Même si aucune statistique ne compare les performances des internats à celles des établissements scolaires classiques, ils affichent la plupart du temps de très bons résultats », assure Maryline Baumard. Ce choix est également positif pour le développement du futur adulte, qui, au dire des spécialistes, gagne à cette occasion en maturité.


Par : ELSA SABADO et CATHERINE MONIN , la-croix.com
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#Posté le lundi 30 avril 2012 07:27

Faut-il réformer le juge des enfants ?

Un même magistrat peut-il à la fois protéger un mineur en danger et le juger lorsqu'il commet une infraction ? N'y a-t-il pas une incompatibilité entre éducation et sanction ? C'est ce que soutient Nicolas Sarkozy, dont le projet, s'il est réélu, est de remplacer le juge des enfants par deux juges : un juge de la famille et un juge des mineurs.

Le juge des enfants est né avec l'ordonnance de 1945 qui affirme la primauté de l'éducatif sur le répressif. Ses pouvoirs ont été étendus par une ordonnance de 1958 aux mineurs victimes ou en danger. Il incarne la mission éducative de la justice pénale des mineurs et peut aussi bien prononcer une sanction pénale que des mesures d'assistance éducative en cas de danger pour la santé ou la sécurité du mineur, ou lorsque les conditions de son éducation sont gravement compromises. Sa double compétence repose sur l'idée selon laquelle l'enfant délinquant n'en est pas moins un enfant en danger.


Les enfants : des adultes comme les autres ?


Un même magistrat chargé à la fois de protéger le mineur en danger et d'appliquer une sanction au mineur délinquant ne peut être source que d'ambiguïté et d'incompréhension, tant pour le mineur que pour sa famille, estime Nicolas Sarkozy. Sa proposition de scinder ses attributions s'inscrit dans la continuité d'un mouvement d'assimilation du droit des mineurs sur celui des adultes (création du tribunal correctionnel pour les mineurs récidivistes de 16 à 18 ans, peines planchers dès l'âge de 13 ans, etc.). "Les modifications de l'ordonnance de 1945 vont dans le sens d'une justice plus rapide alors que le principe en la matière est la mise en examen et la recherche d'éléments éducatifs avant le jugement", note Étienne Lesage, avocat spécialiste de la défense des mineurs. Une loi de 2007 prévoit en effet que les mineurs de plus de treize ans peuvent faire l'objet d'une présentation immédiate devant le juge des enfants s'ils sont déjà connus de la juridiction pour mineurs.


La réforme consistant à modifier la nature même de la juridiction des mineurs a, au-delà de la volonté d'apporter une réponse pénale immédiate et lisible, une portée symbolique particulière. "L'idée est de considérer que les enfants sont délinquants parce qu'ils le veulent bien et non parce qu'ils sont en danger ou en difficulté, décrypte Jacques-Henri Robert, professeur émérite à l'université Paris II et membre du Club des juristes. Or, l'enfant en danger et l'enfant délinquant sont souvent les mêmes individus."

Conserver la spécificité du juge des enfants

L'idée d'éclater les fonctions du juge des enfants en deux juridictions distinctes n'est pas nouvelle. La ministre de la justice Rachida Dati avait, en 2008, chargé la commission Varinard de formuler des propositions pour réformer l'ordonnance du 2 février 1945. L'objectif était d'assurer une plus grande lisibilité de la justice pénale des mineurs et de proposer des solutions nouvelles pour mieux adapter les réponses pénales à la délinquance des jeunes.

Forte des nombreuses contributions de spécialistes du droit des mineurs, la commission a, parmi ses nombreuses recommandations, mis l'accent sur l'importance de renforcer la protection des mineurs en danger, de fixer à 12 ans le seuil de la responsabilité pénale et d'accélérer l'exécution des décisions de justice. S'agissant du juge des enfants, elle a préconisé de conserver la plénitude de ses fonctions et de sa double compétence, civile et pénale, "dans l'intérêt d'un traitement individualisé, adapté et progressif du mineur". "Séparer les fonctions du juge des enfants renforcerait l'idée qu'il y a d'un côté les mineurs délinquants et de l'autre les enfants en danger ou victimes, ce qui va à l'encontre des observations de tous les acteurs de terrain (PJJ, policiers, juges, aide sociale, pédopsychiatres...)", souligne le rapport. La tâche du juge des enfants d'apporter "des réponses cohérentes et diversifiées à la délinquance juvénile par des solutions non exclusivement pénales" doit donc être conservée en l'état, a par conséquent recommandé la commission Varinard.

Faut-il réformer le juge des enfants ?


Cohérence


"Il est essentiel de maintenir cette double compétence du juge des enfants, qui représente une garantie de cohérence et d'efficacité, note Catherine Sultan, présidente de l'Association française des magistrats de la jeunesse et de la famille (AFMJF) et présidente du tribunal pour enfants de Créteil. Le fait qu'un même juge suive le mineur permet de garantir cette cohérence entre le délit d'un côté et les réalités personnelles, psychiques et familiales de l'autre : on va du pénal à la protection, explique la juge. D'autres pays comme les Pays-Bas reviennent à ce système après y avoir renoncé."

Catherine Sultan se souvient du cas d'une jeune fille poursuivie parce qu'elle avait voulu rentrer dans le collège dont elle venait d'être exclue et avait brutalisé et insulté un enseignant. "Le juge des enfants devant lequel elle était convoquée pour des faits de violences et d'outrage a découvert qu'elle vivait dans une famille déchirée par des conflits, qu'elle était en décrochage scolaire et qu'elle passait ses nuits seule." La jeune fille a été condamnée à des mesures de réparation et a immédiatement été prise en charge par l'assistance éducative. "C'est le juge des enfants qui a pu lui garantir cette protection", souligne Mme Sultan.

Enfin l'un des obstacles pointés par les magistrats concernés résidait dans les risques de conflits de jugement liés à l'intervention de deux juges différents pour un même mineur. Qu'en sera-t-il si, par exemple, un juge civil décide de confier le mineur à un foyer dans le cadre d'une mesure d'assistance éducative et le juge pénal estime que ce même mineur doit être placé dans un centre éducatif fermé (CEF) ? Qui arbitrera ?

Source: Laurence Neuer , le point.fr
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#Posté le mercredi 18 avril 2012 04:41

Lettre ouverte aux candidats

Alors que la campagne pour l'élection présidentielle bat son plein, force est de constater que la
justice est absente du discours des candidats à l'élection présidentielle, si ce n'est encore une
fois à travers le prisme exclusivement sécuritaire.

Pourtant, les enjeux sont décisifs : la France est toujours parmi les derniers pays européens
à donner à la justice des moyens pour fonctionner dignement ; l'indépendance de la justice,
pilier de la démocratie, a été bafouée ; les politiques pénales et pénitentiaires ont mis à mal le
service public autant qu'elles enrichissaient les marchands de béton ; les "réformes" servant
de cache misère ont eu pour conséquence de réduire l'accès à la justice des citoyens, de
supprimer certaines garanties offertes aux justiciables et de détériorer les conditions de
travail des professionnels de la justice.

Quelques exemples suffisent à prendre la mesure de la dégradation du service public de la

justice :
- fermeture de plus de 300 tribunaux et d'une centaine d'unités éducatives pour mineurs,
- suppression du rapporteur public dans de nombreux litiges administratifs,
- instauration d'une taxe de 35 euros payable par les justiciables avant toute action en
justice,
- délais d'attente de plus en plus longs pour obtenir des jugements dans les litiges du
quotidien (affaires familiales, travail, logement, consommation,...),
- budget consacré essentiellement à la construction de places de prison confiée au secteur
privé, au détriment des autres formes de sanction pénale et du fonctionnement des
autres services et établissements à gestion publique.

Par nos mobilisations unitaires sans précédent en 2010 et 2011, nous avons alerté les décideurs
politiques et nos concitoyens sur l'état catastrophique du service public de la justice qui
n'est plus en mesure d'assurer ses missions. Nous avons également refusé avec force de servir
de bouc-émissaire à un gouvernement qui, pour masquer les échecs de sa politique sécuritaire,
n'a cessé de jeter le discrédit sur la justice et ses professionnels.

Nos revendications n'ont pas été entendues. Aussi, quel que soit le résultat des élections à venir,
nous sommes déterminés à poursuivre notre mobilisation en faveur d'un plan d'urgence pour
la justice.

Nous,
Fonctionnaires du ministère de la justice, personnels pénitentiaires, personnels de la
protection judiciaire de la jeunesse, des services judiciaires, magistrats et avocats,
demandons à chacun des candidats à l'élection présidentielle de 2012 de s'engager à
porter une politique en matière de justice digne de notre démocratie, prévoyant le
recrutement d'agents titulaires, l'allocation d'un budget à la hauteur de celui des autres
démocraties européennes et l'augmentation significative des moyens accordés à l'accès
au droit.


Nous demandons également à chacun des candidats à l'élection présidentielle de 2012 de
s'engager solennellement à respecter le principe d'indépendance de la justice et de cesser
d'alimenter la défiance des citoyens à l'égard des acteurs de la justice à des fins
électoralistes ou politiciennes.

COLLECTIF UNITAIRE JUSTICE
« PARLONS ENFIN JUSTICE »
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#Posté le mercredi 18 avril 2012 04:33

Délinquance des mineurs : de quoi parle-t-on ?

Au 1er février 2012, 723 mineurs étaient incarcérés dans un établissement pénitentiaire (établissement pour mineurs ou quartiers pour les mineurs des maisons d'arrêt), soit 1,1 % des personnes incarcérées. S'y ajoutent les 500 mineurs placés en CEF (centre éducatif fermé).

Les délits les plus fréquents sont les atteintes aux biens (vol, recel, dégradation, escroquerie : 30 000 chaque année). Les faits commis avec violence (vols avec violence, violences volontaires) ont tendance à augmenter. Le viol est la première cause de condamnation de mineurs aux assises.

La durée moyenne des peines fermes est d'un peu plus de 3 mois (37 mois pour les crimes).

Sur cent infractions commises par un mineur, les parquets apportent une réponse à 93,9 % d'entre elles (39,4 % de poursuites devant une juridiction et 53,6 % de mesures alternatives, telles que le rappel à la loi, la médiation, la réparation, le stage de citoyenneté...).

Délinquance des mineurs : de quoi parle-t-on ?


La détention provisoire des mineurs

Aujourd'hui, la durée de la détention provisoire des mineurs répond à des règles particulières selon la gravité des faits et l'âge du mineur. Par exemple, les mineurs âgés de 13 à 16 ans peuvent être placés en détention provisoire pour une durée de six mois renouvelable une fois s'ils sont accusés d'un crime (viol, vol à main armée...) ou s'ils se sont soustraits aux obligations du contrôle judiciaire. Les mineurs de 16 ans et plus accusés de crimes peuvent être placés en détention provisoire pour un an renouvelable une fois. Une fois déclarés coupables, les mineurs âgés de 13 ans et plus peuvent être condamnés à des peines qui se comptent en années pouvant aller jusqu'à la perpétuité si la cour d'assises leur retire l'excuse de minorité.
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#Posté le vendredi 30 mars 2012 08:37

Justice des mineurs : ce que proposent les candidats

Notre droit des mineurs n'est plus en mesure de répondre à une délinquance de plus en plus précoce et à une violence souvent inouïe", affirme Nicolas Sarkozy. Le candidat-président propose notamment de scinder les fonctions d'éducation et de sanction actuellement assignées à un seul juge, le juge des enfants. Il souhaite également astreindre les très jeunes auteurs d'infractions "à des travaux de réparation des actes commis (...) avec l'autorisation des parents". Cette obligation de réparer le dommage doit selon lui être une "priorité de la politique pénale des mineurs". François Hollande met également l'accent sur l'importance de "développer les mesures qui apaisent la victime et permettent la prise de conscience du jeune délinquant comme la réparation pénale".

Le candidat socialiste entend réaffirmer la spécificité de la justice des mineurs sur la base des principes de l'ordonnance de 1945 relative à l'enfance délinquante, avec des "sanctions rapides et personnalisées". François Bayrou, également favorable à la préservation de la spécificité de la justice des mineurs, insiste sur l'importance d'apporter une réponse immédiate à l'acte répréhensible, tout en précisant que la sanction doit participer au rééquilibrage de la personnalité plutôt qu'à sa destruction. Nicolas Sarkozy souhaite pour sa part créer un code spécial sur la "justice pénale des mineurs" abrogeant le texte de 1945, rendu illisible par l'empilement des textes. "Si on réécrit un autre texte, il le sera nécessairement sous les auspices des textes internationaux et plus particulièrement de la Convention internationale des droits de l'enfant qui fixe la majorité pénale à 18 ans, prévoit que la détention doit rester l'exception et que la peine doit être proportionnée à l'acte, rappelle la juge pour enfants au TGI de Lille Laurence Bellon. L'ensemble de notre droit est fondé sur la différence majeur-mineur, car la minorité est une période durant laquelle on acquiert progressivement des responsabilités, et le droit à l'erreur fait partie de cet apprentissage."

Justice des mineurs : ce que proposent les candidats
Pour connaître la situation actuelle de la justice des mineurs : http://www.lepoint.fr/chroniqueurs-du-point/laurence-neuer/delinquance-des-mineurs-de-quoi-parle-t-on-30-03-2012-1446779_56.php
 
 

Responsabilité pénale des jeunes mineurs

Rappelons que la loi française ne fixe pas l'âge de la responsabilité pénale à partir duquel un mineur peut être déclaré coupable d'une infraction pénale. L'article 122-8 du Code pénal dit seulement que les mineurs "capables de discernement" (en fonction de l'appréciation au cas par cas des magistrats) sont responsables pénalement. Des jeunes de moins de 10 ans peuvent donc être déclarés coupables et faire l'objet d'une condamnation inscrite à leur casier judiciaire. "Environ 5 % des condamnations inscrites sur le casier judiciaire de Nantes concernent des mineurs de moins de 13 ans", note Laurence Bellon. François Hollande propose de fixer un âge minimal de responsabilité pénale, entre 12 et 14 ans.


13 ans est l'âge minimum auquel un mineur peut être incarcéré (à la différence de l'Angleterre qui fixe ce seuil à 10 ans). Seules des mesures d'éducation (admonestation, réparation, placement...) peuvent être prononcées à l'encontre des moins de 13 ans. Aucun candidat ne remet en cause cette frontière. Concernant le régime pénal des mineurs âgés de 13 à 16 ans dont les peines ne peuvent pas dépasser la moitié de celles réservées aux majeurs, François Hollande souhaite supprimer les peines planchers et le tribunal correctionnel pour mineurs créé en 2011.


Le statut hybride des 16-18 ans

Le candidat-président n'entend pas modifier l'âge de la majorité pénale (âge auquel le mineur est soumis au droit pénal des majeurs), actuellement de 18 ans, alors que Marine le Pen propose de l'abaisser à 15 ans. Néanmoins, "les lois votées sous le quinquennat de monsieur Sarkozy ont fortement rapproché le sort pénal des mineurs de seize à dix-huit ans de celui des majeurs", observe Jacques-Henri Robert, professeur de droit pénal et membre du Club des juristes. Exemple : la loi du 10 août 2007 renforçant la lutte contre la récidive et alignant le régime des mineurs récidivistes de 16 ans sur celui des majeurs, ou la loi du 10 août 2011 créant le tribunal correctionnel pour mineurs. "Le mineur hyperviolent de 16 ans n'est plus un enfant et ne doit pas être jugé par un juge pour mineurs", estime en effet Nicolas Sarkozy. Sortir les 16-18 ans de la justice des mineurs est aussi l'objectif de Nicolas Dupont-Aignan. "À chaque acte de délinquance doit correspondre une réponse pénale immédiate, proportionnée, y compris l'enfermement", préconise le représentant de Debout la République.

"La politique de tolérance zéro (introduite par la gauche dans les années 90) n'avait pas mesuré ses effets pervers, notamment l'augmentation massive des procédures et le transfert sur la police et la justice de la responsabilité de la transmission des interdits et des valeurs, note Laurence Bellon. En outre, paradoxalement, elle est mise en oeuvre plus systématiquement pour les mineurs que pour les majeurs, ce qui fait que dans certaines situations, les mineurs sont poursuivis plus sévèrement que les majeurs", observe la magistrate, qui prévient : "La prison n'a pas d'effet miracle !" Le candidat du Modem, favorable aux travaux d'intérêt général et autres sanctions éducatives, souligne que la prison est "un pourrissoir".


Doubler les CEF

Estimant qu'il faut réserver la prison aux cas les plus graves et que "la sanction sans l'éducation est un non-sens", François Hollande propose de doubler le nombre de centres éducatifs fermés (CEF) quand pour sa part Nicolas Sarkozy propose une augmentation de 45 % de ces centres. Mais le candidat socialiste souhaite aussi renforcer l'action de la protection judiciaire de la jeunesse (PJJ), notamment par la création de postes. "36 000 jeunes font l'objet de mesures pénales en milieu ouvert. C'est le rôle de la PJJ que de les suivre, de les accompagner, de les conduire vers une citoyenneté, de faire en sorte qu'ils ne puissent pas connaître de nouveau le risque de la récidive", a-t-il déclaré. "Quand on pense éducatif, on pense laxisme. Or l'éducation (du latin ex-ducere, guider, conduire hors) signifie accompagner quelqu'un d'un point A à un point B. Il s'agit ici d'accompagner le mineur délinquant jusqu'à sa majorité, décrypte Laurence Bellon. Accompagner, c'est aussi ne jamais perdre le lien avec le mineur dans les semaines qui précèdent et suivent la détention."

Jean-Luc Mélenchon met lui aussi l'accent sur la prévention, préférable à une "répression désocialisante". Le candidat du Front de gauche souhaite déjudiciariser les premiers actes de délinquance, supprimer la détention provisoire en matière de délit pour les moins de 16 ans et développer le travail éducatif en milieu ouvert. Il promet également de garantir aux services éducatifs et à la PJJ les moyens de fonctionner. Eva Joly, quant à elle, propose de renforcer "l'ordonnance de 1945 ainsi que les missions et les moyens de la PJJ".

Laurence Bellon regrette que l'argent ne soit pas mieux dispatché, d'autant qu'il n'y a pas que des solutions d'enfermement pour répondre à la délinquance des mineurs. "Le budget de la justice et celui de la PJJ sont asphyxiés, car on a mis l'accent sur ces mesures très coûteuses au détriment de solutions plus souples, comme les centres de jour ou de formation. Or, en matière de traitement de la délinquance des mineurs, c'est la diversité des réponses qui est essentielle : il n'y a pas de panacée universelle", assure Laurence Bellon.



Agir en amont


"C'est parce que la société est devenue plus violente et plus dure, y compris pour les adolescents, que la justice des mineurs doit plus que jamais rester spécifique et protectrice", estime François Hollande. Le candidat socialiste souhaite inscrire le traitement de la délinquance des mineurs dans une politique globale de l'enfance en lien avec les collectivités locales tout en renforçant le soutien aux familles. En revanche, aucun candidat n'évoque le contexte environnemental délétère dans lequel s'inscrit la délinquance. "Le plus difficile, pour les adolescents en grande difficulté, ce sont les réseaux et l'économie souterraine qui sont derrière, explique Laurence Bellon. Si on voulait être vraiment efficace, il faudrait prendre en compte cette autre dimension dans les affaires. Arrêter celui qui vend 3 grammes de cannabis ne suffit pas. Il faut arrêter le fournisseur, l'intermédiaire, etc."

Par Laurence Neuer, Le Point.fr - Publié le 30/03/2012
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#Posté le vendredi 30 mars 2012 08:29

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  • Justice des mineurs : ce que proposent les candidats ven. 30 mars 2012
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  • Les établissements privatifs de liberté pour mineurs mar. 20 mars 2012
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    mar. 20 mars 2012
  • La réforme de la justice des mineurs : une rente politique ? lun. 05 mars 2012
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